Depuis le 21 janvier 2026, une information circule sur Facebook affirmant que plus de 300 jeunes originaires des provinces du Guéra, du Batha (Koundjourou, Fitri, Yao) et du Salamat (Amtiman) au Tchad auraient rejoint la rebellion pour le Front républicain pour l’alternance patriotique et l’équité (FRAPE). Selon ces publications, ces jeunes seraient actuellement engagés dans une formation militaire et civique. Le message, largement partagé, s’appuie sur des réalités socio-économiques existantes dans certaines provinces où le chômage des jeunes, précarité, manque d’infrastructures pour avancer l’hypothèse d’un ralliement massif à un mouvement armé. KubaaruCheck a vérifié cette information et l’a trouvé fausse.
Publiée sur la page de Sahelanthropus Media sous le titre : « Tchad : après Guéra, Batha et Salamat grossissent les rangs du FRAPE… », cette information a suscité de nombreuses réactions en ligne, enregistrant plus de 2 000 mentions « J’aime », 193 commentaires et 82 partages.
Cette information circule dans un contexte sociopolitique sensible, marqué par des débats autour de la situation sécuritaire et de l’avenir des jeunes au Tchad, ce qui a favorisé sa diffusion rapide sur les réseaux sociaux.
Vérification
Pour vérifier cette affirmation, l’équipe de KubaaruCheck a effectué des recherches à partir de mots-clés sur Google, ce qui a permis d’identifier un communiqué dans lequel l’Association des jeunes de Guera (FRAPE) dément les faits avancés.
Par ailleurs, nous avons contacté par téléphone plusieurs sources locales, notamment des autorités administratives, des responsables communautaires, des acteurs de la société civile et des médias locaux dans les zones concernées. Les recoupements effectués auprès de Bichara Abdoulaye Adoum (coordinateur provincial des jeunes du Guéra), du général Abdoulaye Ibrahim Siam (délégué général du gouvernement auprès de la province du Guéra), ainsi que des médias locaux comme Centre Guéra et Écho Guéra, ne font état d’aucun départ collectif de jeunes à ce jour.
Afin d’approfondir nos vérifications, nous avons également contacté par téléphone le maire de la commune de Haraz-Mangueigne, dans la province du Salamat (département de Darounga, à l’est d’Amtiman) Abdoulaye Hassan Chaouri, ainsi que le coordinateur de la société civile locale, Ali Mahamadia. Tous deux indiquent qu’aucune formation militaire ou civique liée au Front républicain pour l’alternance patriotique et l’équité (FRAPE) n’existe sur le terrain.
Les communautés locales interrogées affirment ne pas avoir connaissance d’un quelconque ralliement de cette nature, et aucune autorité locale ni source indépendante ne corrobore le chiffre avancé par Sahelanthropus. Par ailleurs, l’analyse du contenu examiné révèle le recours à un registre alarmiste et idéologique, s’appuyant sur des références militaires afin de suggérer une menace imminente, laquelle n’est étayée par aucun élément factuel observé sur le terrain.
Conclusion
Après vérification, l’information selon laquelle des jeunes du Guéra, du Batha et du Salamat auraient rejoint massivement le FRAPE et suivraient une formation militaire et civique est fausse. Elle ne repose sur aucun élément factuel vérifiable et relève de la désinformation.

Cette publication s’inscrit dans le cadre des efforts continus de vérification des faits menés par KubaaruCheck, visant à analyser les contenus identifiés comme potentiellement trompeurs sur Facebook, TikTok et d’autres réseaux sociaux.
Cet article a été rédigé par le stagiaire Mbaindigium Armel et édité par Salomon Garaobe. Il est approuvé parJean Besane Mangam, rédacteur en chef à KubaaruCheck. Ceci est une initiative soutenue par l’Association pour l’Éducation à la Citoyenneté Numérique (DigiEduCivic), qui encourage l’esprit critique et la responsabilité numérique auprès du public.
