Un post, publié sur la page Facebook d’AfrikMag, affirme que « 177 ressortissants du Nigeria ont été expulsés du Niger et rapatriés à Kano ». Le message soutient que les autorités n’auraient fourni aucune précision sur les circonstances de leur départ ni sur la durée de leur séjour sur le territoire nigérien. Après vérification, l’équipe de KubaaruCheck basée au Niger a trouvé qu’il s’agit plutôt d’une opération de rapatriement de migrants déjà expulsés d’un autre pays, en l’occurrence l’Algérie.
Au moment de notre vérification, la publication avait enregistré 303 mentions « J’aime », 18 commentaires et 1 partage, contribuant à accroître sa visibilité sur facebook. Cette affirmation a également été relayée par d’autres médias et pages, notamment Actualité africaine, Echo d’Afrique qui alimente les discussions autour des mouvements migratoires dans la région.
La diffusion de cette information intervient dans un contexte migratoire régional particulièrement sensible. Depuis plusieurs années, le Niger constitue un important pays de transit pour les migrants circulant entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique du Nord. Le pays accueille régulièrement des ressortissants rapatriés dans le cadre d’opérations de retour volontaire ou de programmes humanitaires, notamment après des expulsions menées par l’Algérie ou à la suite de situations de vulnérabilité en Libye. Dans ce contexte, les informations relatives aux expulsions et aux rapatriements de migrants sont particulièrement susceptibles de susciter l’intérêt du public et de faire l’objet d’interprétations erronées.
Vérification
Pour vérifier cette affirmation, nous avons d’abord consulté les canaux officiels des autorités du Niger, ainsi que les communications institutionnelles relatives à la gestion des flux migratoires. Cette démarche n’a permis d’identifier aucun communiqué, déclaration ou document officiel faisant état de l’expulsion de 177 ressortissants nigérians depuis le territoire nigérien. L’absence de confirmation par des sources gouvernementales constitue un premier élément remettant en question l’affirmation relayée sur les réseaux sociaux.
Nous avons ensuite contacté, via WhatsApp, M. Yacouba Soukeyradjou, directeur régional de l’état civil, des migrations et des réfugiés d’Agadez, afin d’obtenir des précisions sur cette affirmation. Interrogé par KubaaruCheck, il a réfuté l’existence d’une quelconque expulsion de ressortissants nigérians par les autorités nigériennes. « Le Niger n’a jamais expulsé des migrants. Ce sont des rapatriements volontaires que nous organisons avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), les ambassades ou les consulats concernés après les expulsions de l’Algérie et parfois de la Libye », a-t-il déclaré.
Il a également précisé que : « Il s’agit de migrants expulsés d’Algérie qui ont été acheminés vers le Nigeria à bord d’un vol organisé le 8 juin, lequel a transporté 115 personnes. D’autres vols sont prévus pour le reste des bénéficiaires ».

Ces déclarations contredisent l’affirmation selon laquelle les 177 ressortissants nigérians auraient été expulsés par les autorités nigériennes. Selon les informations recueillies, il s’agit plutôt d’une opération de rapatriement volontaire organisée avec l’appui des partenaires chargés de la gestion migratoire.
Conclusion
L’affirmation selon laquelle 177 ressortissants nigérians auraient été expulsés du Niger est fausse. Les informations recueillies auprès des autorités compétentes indiquent qu’il s’agit de migrants expulsés d’Algérie puis rapatriés vers le Nigeria depuis le Niger dans le cadre d’opérations organisées avec les partenaires concernés.

Cette publication s’inscrit dans le cadre des efforts continus de vérification des faits menés par KubaaruCheck, visant à analyser les contenus identifiés comme potentiellement trompeurs sur Facebook, TikTok, X et d’autres réseaux sociaux.
Cet article a été rédigé par le fact-checker Mahamadou Moussa Brah et édité par Salomon Garaobe. Il est approuvé par Jean Besane Mangam, rédacteur en chef à KubaaruCheck. Ceci est une initiative soutenue par l’Association pour l’Éducation à la Citoyenneté Numérique (DigiEduCivic), qui encourage l’esprit critique et la responsabilité numérique auprès du public.
